Louise Michel, “The Claque-Dents,” Ch. I


[Prologue]


I

A whole unhinged crowd jostled, for one dizzy day, at the division of spoils, accomplished at the Hôtel des Ventes, of the furniture of Lucrèce Milot, a madwoman of the best class, now tragically dead.

The distracted, daft, and jaded vied for the smallest of trinkets. A blood-soaked rag was sold for the price of an objet d’art.

Those things touched by the crime were worth their weight in human folly.

Little Muscadet had spent the last bits of his wife’s dowry there; young Madulphe had taken “an enormous toll” on his expectations, his parents not being very advanced in age; old Griffus had stolen.

At the Roquette, some defendant waited for the hour of the abattoir, charged on the basis of overwhelming proofs and unimpeachable testimonies, while the killer, a big, young blond man with the eyes of a dove, against whom no charge had been made, attended the sale, remaining perfectly tranquil, keeping an eye on those trinkets that it would have been dangerous for him to let escape.

He had found enough gold and banknotes in his victim’s drawers to ensure his security.

Since that time, his appearance was even more immaculate than usual; he inspired a perfect confidence in those who judge infallibly whether men have an honest or a sinister mien.

Several personal items had been purchased by him. As he was a jack of all trades and consequently had a future, it was prudent to not leave behind him things that smelled of the corpse. He was called Sylvestre, a name as sweet as his face.

One of the most rabid buyers was an old musician known as Old Hermann; he had never been to the Hôtel des Ventes.

It was quite simple: Old Hermann had never had the cash. This time, however, chance or fate had brought him a few waves from the River Pactolus. It happened that the old man, resembled another musician, a famous one, who played first violin in the orchestra of a new opera. That resemblance, as well-known as his talent, led him to replace, in name and in fact, the famous man, who had fallen sick, and, for a change, he was extremely well paid.
Old Hermann was applauded wildly, especially since, instead of following the score, he had allowed himself to pursue the whims of his frenzied imagination.

His nerves vibrated like strings, and the violin became one with him, body and soul. He had played as no one had played in a long time; the harmony took hold of him, carrying the bow along in an instinctive movement.

The great musician that Old Herman had replaced died on the next day and, as no one would believe that he still rose each evening to come and take his place in the orchestra, it was necessary to end the new opera for a few days.

Old Hermann, that much better paid for having hushed up the affair and not knowing what to do with the gold jingling in his pockets, had by chance entered the Hôtel des Ventes.

Having spotted a piano among the furniture, he rushed to it and, rejuvenated, handsome from the strange harmony that he had conjured up, he sat down to play, to play, sometimes softly, sometimes in a furious manner, a sort of death song for those whose parties this piano had enlivened. There was a moment when the assassin grew pale, thinking he heard the moans of his victim. He vowed not to lose sight of Old Hermann.

When the stewards and the buyers, terrified by the mad music, were finally able to make Old Hermann stop, he rose unsteadily, as if drunk, and throwing down two handfuls of gold as a final offer for an old veil of white gauze, he left, carrying his purchase, without anyone standing in the way of that peculiar course of action.

Nothing remained but the bed, awarded with the last of the dead woman’s jewelry to a pale young man with drooping eyelids who was named Stéphane.

Anxiously, Sylvestre followed Old Hermann.

I

Tout un monde de détraqués s’étaient bousculés, pendant une journée vertigineuse, à la curée, faite à l’Hôtel des Ventes, du mobilier de Lucrèce Milot, une affolée de la haute noce, morte tragiquement.

Hallucinés, imbéciles, blasés s’étaient disputé les moindres bibelots. Une loque tachée de sang avait été vendue le prix d’un objet d’art.

Les choses sur lesquels avait traîné le crime valaient le poids de la bêtise humaine.

Le petit Muscadet avait dépensé là les dernières bribes de la dot de sa femme;—le jeune Madulphe avait emprunté « à un taux énorme» sur ses espérances, ses parents n’étant pas fort avancés en âge;—le vieux Griffus avait volé.

Un prévenu quelconque attendait à la Roquette l’heure de l’abattoir, chargé de preuves accablantes et de témoignages irrécusables, tandis que l’assassin, un grand jeune homme blond aux yeux de colombe, contre lequel ne s’élevait aucune charge, laisse’ parfaitement tranquille, assistait à la vente, surveillant les bibelots qu’il lui eût été dangereux de laisser‘ courir.

Il avait trouvé dans les tiroirs de sa victime assez d’or et de billets de banque pour veiller à sa sécurité.

Sa mise, depuis cette époque, était plus soignée encore que de coutume; il inspirait une confiance parfaite à ceux qui jugent infailliblement si les gens ont une figure honnête ou une mine patibulaire.

Plusieurs objets d’un usage personnel avaient été achetés par lui; comme il était homme à tout faire et par conséquent d’avenir, c’était prudent de ne pas laisser traîner derrière lui des choses sentant le cadavre. Il se nommait Sylvestre, un nom aussi doux que son aspect.

L’un des plus enragés acheteurs était un vieux musicien que l’on appelait le père Hermann; il n’était jamais venu à l’Hôtel des Ventes.

C’était tout simple : le père Hermann n’avait jamais eu le sou; cette fois, la chance ou la fatalité lui avait envoyé quelques ondes du Pactole. Le Vieux, ressemblant par hasard à un autre musicien, célèbre celui-là, qui devait faire une partie de premier Violon dans l’orchestre d’un opéra nouveau, cette ressemblance, aussi connue que son talent, lui fit remplacer de nom et d’effet l’homme célèbre tombé malade, et, contre la coutume, il fut prodigieusement payé.

Le père Hermann fut applaudi à tout rompre, d’autant plus qu’au lieu de suivre la partition, il s’était laissé aller aux fantaisies endiablées de son imagination. Ses nerfs vibraient comme des cordes, le violon faisant corps et âme avec lui, il avait joué comme de longtemps encore on ne jouera; l’harmonie le tenait, emportant Parchet dans un mouvement instinctif.

Le grand musicien que remplaçait le père Hermann mourut le lendemain, et, comme personne‘ n’aurait cru qu’il se levait chaque soir de sa tombe pour venir prendre place à l’orchestre, il fallut en terminer pour quelques jours avec l’opéra nouveau.

Le père Hermann, d’autant plus payé qu’il fallait taire l’aventure, ne sachant que faire de l’or qui sonnait dans ses poches, était entré par hasard à l’Hôtel des Ventes.

Ayant aperçu un piano parmi les meubles, il s’y précipita et, rajeuni, beau de l’harmonie étrange qu’il évoquait, il se mit à jouer, à jouer, tantôt en sourdine, tantôt d’une façon furibonde, une sorte de chant de mort de celle dont ce piano avait animé les fêtes. Il y eut un instant où l’assassin pâlit croyant entendre les plaintes de sa victime’; il se promit de ne pas perdre de vue le père Hermann.

Quand les commissaires et les acheteurs affolés par cette musique enragée purent enfin faire cesser le père Hermann, il se leva chancelant comme s’il eût été ivre, et jetant deux poignées d’or pour dernière mise à prix d’un vieux voile de gaze blanche, il sortit emportant son achat, sans que personne s’opposât à cette singulière façon d’agir.

Il n’y avait plus du reste que le lit, adjugé avec les derniers bijoux de la morte à un jeune homme pâle aux paupières baissées qui avait été appelé Stéphane.

Sylvestre inquiet suivit le père Hermann.


[Chapter II]