Louise Michel, “The Clavier of My Over-Dream” (1867)

The Clavier of My Over-Dream

A few days ago, I slept in a lovely dream.

I was free, in a boundless space, where I ascended as easily as one follows the paths of our valleys.


I found myself in a monument, so vast that its edges seemed like a distant horizon.

Silence filled the vaults, but I sensed their incredible resonance.


I sat down at an instrument whose keyboard included so many rising and so many descending notes, that it must include many sounds indistinguishable to the human ear.

When I put my hands on the keyboard, a soft, harmonious sigh escaped from it, as if a soul issued forth, and the vaults vibrated.


My spirit united with the spirit that sang in the instrument.

That prodigious organ had half-tones in place of tones and quarter-tones in place of half-tones.

Little bows adapted to each note were set in motion when one placed ones fingers on the keys: the string moaned like that of a violin, and all of that was carried away in the prodigious pipes.


It was beautiful enough to capture the heart, to ravish the intellect; what one played on that clavier was one’s own soul, Each musical phrase could be translated into a fervent stanza, and the stanza in its turn became living and soared off in a thousand forms unknown to our sphere.


Was that then the last word of harmony?

No, for from the place where I was, would be found another, where no instrument was necessary, where all was sung, or where all vibrated like a lyre.


What a dream! I forgot everything when everything faded.

Some big, hairy paws on my face woke me up. It was Minet, who was playing with my hair, nearly digging in his claws.

It was bright daylight, alas! our day is not the great illumination of the dream.

Opposite my bed was the piano, still open from the night before, on which I case an indignant glance. What could it say to me after that divine clavier?

Louis MICHEL.

Le Clavier d’outre-rêve

Il y a quelques jours, je m’endormis dans un rêve charmant.

J’étais libre, dans l’espace sans bornes, où je montais aussi facilement qu’on suit les sentiers de nos vallées.


Je me trouvai dans un monument, si vaste que ses limites apparaissaient comme un horizon lointain.

Le silence emplissait les voûtes, mais on en pressentait la sonorité inouïe.


Je m’assis devant un instrument dont le clavier s’en allait si loin en montant et si loin en descendant, qu’il devait compter bien des sons inappréciables à l’oreille humaine.

Lorsque je posai les mains sur ce clavier il s’en échappa un soupir harmonieux et doux, comme si une âme en sortait, et les voûtes vibrèrent.


Mon esprit s’unit à l’esprit qui chantait dans l’instrument.

Cet orgue prodigieux avait des demi-tons au lieu de tons et des quart de tons pour demi-tons.

De petits archets adaptés à chaque note étaient mis en mouvement lorsqu’on posait les doigts sur les touches: la corde gémissait comme celle d’un violon, et tout cela était emporté dans de prodigieux tuyaux.


C’était beau à prendre le cœur, à ravir l’intelligence; ce qu’on jouait sur ce clavier c’était son âme même, Chaque phrase musicale pouvait se traduire en une strophe ardente et la strophe à son tour devenait vivante et s’envolait sous mille formes inconnues à nôtre sphère.


Était-ce donc le dernier mot de l’harmonie?

Non, car par de là le lieu où j’étais, devait s’en trouver un autre, où nul instrument n’était nécessaire, où tout était chant, où tout vibrait comme une lyre.


Quel rêve ! J’oubliai tout lorsque tout s’effaça.

De grosses pattes velues passant sur mon visage m’éveillèrent. C’était Minet qui jouait avec mes cheveux, en renfonçant à peu près ses griffes.

Il était grand jour, hélas ! notre jour qui n’est pas la grande lumière du songe.

En face dé mon lit le piano encor ouvert de la veille, sur lequel je jetai un coup d’œil indigné. Que pouvait-il me dire après ce clavier divin ?

Louis MICHEL.

Source: Le Progrès musical. Journal artistique et littéraire. November 1, 1867, p. 2.

[Working translation by Shawn P. Wilbur]