Louise Michel, “The Claque-Dents,” Ch. II


[Chapter I]


II

At the home of young Stéphane’s mistress there occurred a scene at once burlesque and sinister.

Thirty thousand francs, won at the tables when chance was on his side, had allowed him to buy the bed and the jewels; he tried Lucrèce’s coral necklace on Marguerite. On her marble neck, its red line made the mark of the scaffold.

Marguerite was vaguely aware of this thought of Stéphane’s. He saw her put her hand to her neck, as if to a wound. An intuition of the crime passed through him, while a sudden fear engulfed the unfortunate girl.

The thought of remaining alone with her gripped him with fear.

“I would really like,” she said, “to go to the theatre. Tonight at the Opéra-Comique they’re performing The Woman in the Red Necklace.”

In Stéphane’s glaucous eyes there was a flash.

“Ah!” he said, “It is the role of the ghost; a costume all of black crêpe, which makes the illusion of a dark cloud with a red line at the neck. It is the murdered woman!”

He blushed as he spoke: it was then, no doubt, that a feeling first gripped him. Marguerite blushed as well, as their thoughts met.

The square of the Roquette Prison where, soon, he would see the condemned man who waited, appeared to Stéphane, sending a bit of blood to his pale face.

“It is too late!” he responded, “to go to the theater.”

“We will see the fifth act.”

He did not respond—both had become pale again. He had just considered killing her. She thought of the twist fate that had made her, on this night, grant leave to her maid.

They were absolutely alone—all the noises outside were extinguished.

The hallucination held them, one like the serpent and the other like the bird. He began to stalk her. The idiot had evolved into a monster.

Seated on the bed, in a white peignoir, the coral necklace on her neck, she already appeared to him as a ghost. The crime was accomplished before the victim was struck.

Some empty words escaped their lips. Marguerite felt lost; Stéphane explained the scene, which would implacably repeat itself, and touched her neck.

“You see! It is here that Gaspard struck.” (This was the name of the presumed murderer.) “An axe-blow on the nape of the neck. The blood spurted like a shower. The robe was soaked in it!”

“There is no axe here, “ thought Marguerite. He regretted that he could not have Lucrèce’s tunic, which remained with the pieces of evidence. “I will have Marguerite’s,” he said to himself, and there his thoughts halted, suddenly, brutally.

There was a few moments’ silence, then Stéphane broke it suddenly.

“We will reconstruct the scene.”

The obsession enveloped them. For her part, Marguerite felt faint; she only wondered if it would be over soon; her mind was already failing.

In the dark night outside, the silence was interrupted by a loud cry rending the air; the wail of a man or beast whose throat is being slit.

At that cry, like a plea, Marguerite dashed towards the door: death gave warning.

That flight was the signal for Stéphane and he launched himself in pursuit.

Perhaps, if she had not moved, he would have watched her until daylight without killing her; now that she wanted to escape, the man became a wild beast pursuing its prey.

Crossing the room, Stéphane snatched, from a display of weapons, a hatchet embellished with arabesques. Its steel edge made stars in the shadows. He threw a hand on the shoulder of his victim, drew her back towards the bed, where he slaughtered her, and on the red line of the necklace his neurotic arm struck a terrible blow.

There was one single cry, to which no one responded: they heard so much of that sort of thing from that apartment!

Then, quietly, with the calm of cataleptic sleep, Stéphane washed his hands, collected the jewelry, took the gold in the drawer, and walked toward the door.

On the threshold, he turned back toward Marguerite, and looked at her for a long time, filling his eyes with that horrible sight, nourishing his imbecile being with the odor of the blood, and, setting a lighted candle at the foot of the bed, he descended the stairs, returned home, and slept soundly. In the morning when the bookseller’s shop opened, across from her windows, the light was still burning in Marguerite’s apartment,

“There is one,” he said, “who passes some merry nights.”

II

Chez la maîtresse du jeune Stéphane se passait une scène burlesque et sinistre à la fois.

Une trentaine de mille francs, conquis au jeu où il avait aidé la chance, lui avait permis l’achat du lit et des bijoux; il essayait à Marguerite le collier de corail de Lucrèce, dont la ligne rouge faisait, sur le cou de la fille de marbre, la marque de l’échafaud.

Marguerite eut vaguement conscience de cette pensée de Stéphane, il la vit porter la main à son cou comme à une blessure, une intuition du crime passa sur lui, en même temps qu’un effroi subit envahissait la malheureuse.

La peur la tenait de rester seule avec lui.

— Je voudrais bien, dit-elle, aller au théâtre: on joue ce soir à l’Opéra-Comique la Femmeau collier rouge.

Les yeux glauques de Stéphane s’emplirent d’une lueur rapide.

— Ah! dit-il, c’est le rôle du spectre ; un costume tout de crêpe noir, qui fait l’illusion d’un nuage avec une ligne rouge au cou. C’est la femme assassinée !

Il rougit en disant cela: c’était là, sans doute, qu’il avait subi une première impression, Marguerite rougit également, leurs pensées se rencontraient.

La place de la Roquette où, bientôt, il irait voir le condamné qui attendait, apparut à Stéphane, envoyant un peu de sang à sa face pâle.

— Il est trop tard! reprit-il, pour aller au théâtre.

— Nous verrons le cinquième acte.

Il ne répondit plus — tous deux étaient redevenus blêmes; lui, venait de songer à la tuer, elle, pensait à la fatalité qui lui avait fait, cette nuit-là, accorder un congé à sa bonne.

Ils étaient absolument seuls — tous les bruits du dehors s’éteignaient.

L’hallucination les tenait, l’un comme le serpent, l’autre comme l’oiseau; il commençait à la guetter, l’imbécile avait évolué en monstre.

Assise sur le lit, dans un peignoir blanc, le collier de corail au cou, elle lui apparaissait déjà spectre, le crime était accompli avant que la victime fût frappée.

Des paroles vides s’échappaient de leurs lèvres, Marguerite se sentait perdue; Stéphane expliquant la scène, qui implacablement allait se renouveler, lui toucha le cou.

— Tu vois! c’est ici qu’a frappé Gaspard (ainsi se nommait l’assassin présumé): un coup de hache sur la nuque, le sang a jailli comme une gerbe, la robe en était remplie!

Marguerite pensa qu’il n’y avait pas là de hache, lui, regrettait de n’avoir pu avoir la tunique de Lucrèce qui était restée avec les pièces à conviction; j’aurai celle de Marguerite, se disait-il, son idée s’arrêtait là, brutalement, bestialement.

Il y eut un silence de quelques minutes, Stéphane le rompit tout à coup.

— Nous allons refaire la scène.

L’obsession l’enveloppait ; de son côté, Marguerite défaillait, elle se demandait seulement si ce serait bientôt fini, sa pensée avait déjà sombré.

Au dehors la nuit obscure, le silence qu’interrompit un grand cri déchirant l’air; la plainte d’un homme ou d’une bête qu’on égorge.

A ce cri comme à un appel, Marguerite s’élança vers la porte : la mort l’avertissait.

Cette fuite fut le signal pour Stéphane, il s’élança à sa poursuite.

Peut-être, si elle n’eût pas remué, qu’il l’eût guettée jusqu’au jour sans la tuer; maintenant qu’elle voulait s’échapper, l’homme devenu fauve poursuivait sa proie.

En traversant le salon, Stéphane arracha à une panoplie une hachette enjolivée d’arabesques dont le tranchant d’ac1er étoilait l’ombre. Il jeta une main sur l’épaule de sa victime, la ramena vers le lit, où il l’abattit, et sur la ligne rouge du collier frappa de son bras névrosé un coup terrible.

Il y eut un seul cri auquel nul ne répondit: on entendait tant de chose sortir de cet appartement!

Alors, tranquillement, avec le calme du sommeil cataleptique, Stéphane se lava les mains, ramassa les bijoux, prit l’or dans les tiroirs, et se dirigea vers la porte.

Sur le seuil, il revint vers Marguerite, la regarda longtemps, remplissant ses yeux de cette horrible vue, nourrissant son être débile de l’odeur du sang, et posant au pied du lit une bougie allumée, il descendit l’escalier, rentra chez lui et s’endormit profondément.

La lumière brûlait encore chez Marguerite quand au matin s’ouvrit la boutique du libraire, en face des fenêtres.

— En voilà une, dit-il, qui passe de joyeuses nuits.


[Chapter III]