Theory of Property (Ms. 2847) page 36

[36]

Donner une analyse exacte et ferme de toutes mes critiques,

  • Ier Mémoire, 1840
  • 2e Mémoire, 1841
  • 3e Mémoire, 1842
  • Création de l’ordre, 1843
  • Contradictions économiques, 1845
  • Le Peuple, etc., etc., 1848-1852
  • De la Justice, liv. V., 1858
  • De l’impôt, 1860
  • De la propriété littéraire, 1862

Rendre ce résumé aussi intéressant que possible par la hauteur de la question, la force de la critique, le mouvement de mon esprit.

Rappeler les réfutations de Mms. Thiers, Troplong, Sudre, etc.

Dire et répéter que cette critique est en elle-même indestructible hors une seule hypothèse, (que je ferai bientôt connaître.) ;

Qu’en effet, la Propriété est inadmissible au point de vue du droit communal, slave, germanique, arabe ; et qu’en effet elle a été condamnée ;

Qu’elle est également inadmissible dans la théorie chrétienne ou ecclésiastique, qui la condamne ;

Qu’elle l’est de nouveau dans le système féodal, qui subalternise toutes les possessions, et lui oppose le fief ;

Qu’elle a été condamnée par les auteurs latins comme contraire à la liberté et à la nationalité romaines ; latifundia perdidere Italiam ;

Qu’elle est inadmissible enfin dans le système de centralisation politique, et qu’à ce point de vue encore elle a été seulement tolérée par ROBESPIERRE, et elle est encore aujourd’hui repoussée, avec raison, par les Jacobins.

Il n’y a qu’un point de vue où la propriété se puisse admettre : c’est celui qui, reconnaissant que l’homme possède de son fonds la Justice, le faisant souverain et justicier, lui adjuge en conséquence la propriété, et ne connaît d’ordre politique possible que la fédération.

Ainsi je vais consolider toute ma critique antérieure par des considérations d’histoire et de politique ; et montrer à la fin que si la propriété est une vérité, ce ne peut être qu’à une condition, c’est que les principes de Justice immanente, de Souveraineté individuelle et de Fédération soient admis.

Donc, trois parties.

  1. critique de l’idée en soi ;
  2. Incompatibilité avec tous les systèmes connus ;
  3. Harmonie ou Conciliation fédéraliste.

La propriété est aussi incompatible avec l’Empire ou la République une et indivisible, que l’autonomie communale elle-même.

[36]

Give an exact, firm analysis of all my critiques,

  • Ist Memoir, 1840
  • 2nd Memoir, 1841
  • 3rd Memoir, 1842
  • Creation of Order, 1843
  • Economic Contradictions, 1845
  • Le Peuple, etc., etc., 1848-1852
  • Justice, liv. V., 1858
  • Taxation, 1860
  • Literary Property, 1862

Make this summary as interesting as possible par la hauteur de la question, the strength of the critique, the movement of my mind.

Recall the refutations of Mms. Thiers, Troplong, Sudre, etc.

Say and repeat that this critique is indestructible in itself, apart from a single hypothesis, (which I will make known soon) ;

That, in fact, Property is inadmissible from the point of view of communal, Slavic, Germanic, or Arabic right; and that in fact is has been condemned by it;

That it is equally inadmissible in the Christian or ecclesiastic theory, which condemns it;

That it is once again inadmissible in the feudal system, which subordinates all the possessions, and opposes fief to it;

That it has been condemned by the Latin authors as contrary to Roman liberty and nationality; latifundia perdidere Italiam ;

That, finally, it is inadmissible in the system of political centralization; that from this point of view as well it has only been tolerated by ROBESPIERRE, and that it is still rejected today, with reason, by the Jacobins.

There is only one point of view from which property can be accepted: it is the one that, recognizing that man possesses Justice, within himself, making him sovereign and upholder of justice, consequently awards him property, and knows no possible political order but federation.

Thus I will fortify all my earlier criticisms with considerations of history and politics;, and show in the end that if property is a truth, this can only be on one condition: that the principles of Immanent Justice, Individual Sovereignty and Federation are accepted.

Thus, three parts.

  1. critique of the idea in itself;
  2. Incompatibility with all the known systems;
  3. Federalist Harmony or Conciliation.

Property is as incompatible with the Empire or the Republic one and indivisible, as communal autonomy itself.


NOTE: The opening line and list of works to be summarized appears in the “Notice” of the editors, at the beginning of the published edition. The next two lines appear unused in that edition, and the remainder of the text appears, with some minor changes, just before the material from pages 1-2 of Ms. 2846, near the end of Chapter I.

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MS. 2882 — Note on property

Ms. 2882 (Notes et écrits divers), 31-32.

20

Propriété.—La propriété romaine, ou quiritaire, est la propriété indépendante du contrat social, absolu, sans solidarité ni réciprocité, antérieure et même supérieure au droit publie ; propriété égoïste, vicieuse, inique, et que damna justement l’Église.

C’est la propriété des économistes modernes dans la théorie desquels elle rentre très bien. En effet l’Économie d’A. Smith, de Ricardo, Malthus et Say, économie qui ne repose que sur l’observation des faits de production, de consommation, d’échange et circulation, affranchi de toute idée de droit, cette économie-là est matérialiste, immorale, brutale comme la propriété quiritaire. Elle n’est pas, elle ne peut être la propriété moderne.

Il faut donc bien le reconnaître, malgré ce que j’ai dit dans mon manuscrit sur la Pologne, et me rectifier sure ce point, la propriété romain n’est pas encore la vrai mode de possession de la terre : en effet, cette propriété n’oblige à rien le propriétaire ; elle implique aucun rapport social entre lui et les autres propriétaires et l’État, aucune obligation formelle ou tacite.

De la sorte que la différente manière de posséder la terre sont plus nombreuse que je ne l’ai dit :

1° Communauté–négative, temps de sauvagerie ; positive, les Gaules ;

2° Possession germanique, slave, arabe, etc.

3° Propriété romaine ou quiritaire, absolutiste ; allodiale, c’est la même chose.

5° Propriété féodale ;

6° Propriété juridique, mutuelliste, équilibrée, qui nait de la sanctification de l’homme.

Cette dernière forme de propriété est celle que doit s’allier, s’harmonier ave les institutions mutuellistes du crédit, de l’impôt, de l’Échange, de l’assurance, de la rente, des services publies à prix de revient (transports, [   ], entrepôts, [   ] de l’enseignement, des droits d’auteurs, inventeur, et artiste, etc.)

C’est cette propriété qui donne naissance à l’organisation fédéraliste à la doctrine du suffrage universel servant ainsi à la fois de base à l’ordre politique et à l’ordre économique.

20

Property.—Roman or quiritary property is property independent of the social contract, absolute, without solidarity or reciprocity, prior and even superior to the public right; selfish, vicious, sinful property, which the Church has rightly damned.

It is the property of the modern economists, in whose theory it goes very well. In fact, the Economy of A. Smith, Ricardo, Malthus and Say—an economy that only rests on the observation of the facts of production, consumption, exchange and circulation, freed of every idea of right—that economy is materialist, immoral, brutal like the quiritary property. It is not, and it cannot be modern property.

So it is necessary to recognize it, despite what I said in my manuscript on Poland, and correct myself on this point: Roman property is not yet the true mode of possession of the earth: indeed, that property places no obligation on the proprietor; it implies no social relation between him, the other proprietors and the State, no obligation, formal or tacit.

It follows that the different manners of possessing the earth are more numerous than I have said:

1° Community–negative, in the times of savagery; positive, among the Gauls;

2° Possession, Germanic, Slavic, Arab, etc.

3° Roman or quiritary, absolutist property; allodial, it is the same thing.

5° Feudal property;

6° Legal, mutualist, balanced property, which is born from the sanctification of man.

This last form of property is the one that must ally, harmonize with the mutualist institutions of credit, taxation, exchange, insurance, rent, public services at cost price (transports, [   ], warehouses, [   ] of education, of the rights of authors, inventers, and artists, etc.)

It is that property that gives rise the federalist organization, to the doctrine of universal suffrage, serving thus at once as the basic of the political order and the economic order.

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Theory of Property (Ms. 2846) pages 3-6

[3]

Chapitre VII.

Garantisme.—Théorie de la propriété.

Que le citoyen, être libre et concret, fait a l’image de l’État, doit avoir, avec la possession de sa personne, autorité sur les choses, à peine d’être destitué de toutes garanties.—Préjuges défavorable à l’absolutisme.—Différentes manières de posséder la terre : en communauté, en féodalité, en souveraineté ou propriété. Examen des deux premières modes : rejet.—Opinions des juristes sur l’origine et le principe de la propriété : réfutation de ces opinions.—Théorie nouvelle : que les motifs, par suite la légitimité de la propriété doivent être cherché non dans son principe ou son origine, mais dans ses fins. Exposé de ce motifs : 1° Nécessité, après avoir organisé l’État, de crée à l’État un contrepoids dans la liberté de chaque citoyen; caractère fédéraliste et républicain de la propriété ; observations sur la cens électoral et la confiscation.—2° Abstention de toute loi réglementaire en ce qui concerne la possession, la production, la circulation, et la consommation des choses : analogies de l’amour et de l’art ; mobilisation de l’immeuble.—3° Concurrence, équilibre et moralisation des égoïsmes ; caractère de vrai propriétaire ; grandeur du problème social : condition organique de la propriété ;—comment et pourquoi elle est dite absolu.—Conservation de l’égoïsme propriétaire par la raison collective : maximes de cette raison ; nivellement progressif des conditions et des formes ; loi des approximations sociales.—Coup d’œil historique sur la propriété : causes de ses incertitudes, de ses variations, de ses abus et de ses déchéances ; elle n’a jamais, nul part, existé dans la vérité et la plénitude, conformément au [4 (166)] vœu social, et avec un parfait intelligence d’elle-même.—Esprit de socialisme : justification de l’auteur et de sa critique.—Un mot aux Polonais.

Jetons un regard sur la route que nous avons parcourue. Après avoir posé nos deux grands principes, de l’immanence de la justice et des idées dans l’humanité (ch. Ier), et du réalisme de l’État (ch. II), nous avons tracé le règle de la géographie politique (ch. III) ; de la géographie nous avons passé à l’ethnographie (ch. IV) ; de l’ethnographie a l’organisation du corps Social, et conséquemment au forme de la Raison collective (ch. V) ; des considérations sur la Raison collective nous nous sommes élevé enfin, jusqu’aux lois de la conscience universelle, qui sont celles du progrès. Nous sommes arrivé ainsi, par cette question suprême des mœurs et des transformations sociales, jusqu’aux confins du monde spirituel. Un pas de plus, et nous courrons le risque de tomber de la réalité où nous sommes resté jusqu’à présent, dans le mysticisme. Il est temps de terminer notre ascension, et, comme nous sommes monté de la matière à l’esprit, de redescendre de l’esprit vers la matière, ce que nous allons faire, non par revenant sur nos pas, mais en achevant notre courbé, c’est-à-dire en poursuivant notre chemin.

Une de nos maximes est que le citoyen doit être fait à l’image de l’État, l’homme donné par la nature répété sur le type de la Société, Verbe vivant and véritable. C’est par là que l’individu acquerra ce dont la nature ne lui a donné que l’ombre, la liberté, l’autonomie, et que devienne la personnification du droit, et pourra se séparer de magistrature et de gouvernement.

Mais ce n’est pas seulement par l’Intelligence et par la justice, ce n’est pas seulement par la Raison théorétique et pratique que le citoyen doit être a l’instar de l’État. [5] S’il en était ainsi la qualité civique se réduirait à une pure idéalité. La République humanitaire n’aurait d’existence que dans l’imagination, dans le rêve de la conscience ; l’État seul, ayant pied sur le sol, roi du temporel, possèderait les choses et pouvait dire : Je suis la nation, privée de corps, sans autorité sur la matière, serait en l’air, perdue dans le vague de sa spiritualité. Il n’y a pas, il ne peut pas y avoir ici, comme dans l’apocalypse, deux Jérusalems, l’une sur la terre, l’autre dans le ciel : les deux ne font qu’une, et il s’agit d’établir leur identité. Il faut donc que le citoyen, déclaré libre et inviolable, en pleine possession de lui-même par l’éducation, ayant l’autocratie de ses travaux, de les opinions, de les désirs, de ses conceptions, de ses volontés, comme de sa personne, appelé à résister au besoin, aux tendances despotiques de l’État, et à réagie contre l’entrainement et l’incursion de ses semblables, doit de plus constitué, comme l’État, en souveraineté sur les choses ; que son moi, s’appuyant sure le monde extérieur, s’y créé une position, un domaine, faute de quoi la liberté, somme une force qui aurait fait explosion dans le vide, resterait sans efficace et retomberait à néant.

Or, conférer au citoyen puissance et juridiction sur les choses, lui assigner une possession, un territoire le faire ainsi chef d’un état dans l’état, c’est ce que j’appelle fermer le cercle politique, et finir juste par où nous avons commencé. Ce n’est pas en effet par le sol que commence pour l’individu la vie politique, comme nous avons vu précédemment l’État politique sortir de sa vallée embryonnaire. C’est par la possession du sol, au contraire, par le domaine éminent qui lui est accordé sur une portion du territoire que s’achève le citoyen, et que se commence la dignité. Ainsi le citoyen devient le semblable, que dis-je ? l’égal, le rival de l’État. Il est lui-même l’État tout entier, réduit à son expression la plus simple, et à son étendue la plus minime. [6] Ainsi s’accomplit dans le monde social l’union de la matière et de l’esprit : phénomène inexplicable dans le monde de la nature, où l’opération créatrice s’effective, sans que nous puissions en surprendre le commencement ; où les synthèses nous sont données toutes faites, sans que nous puissions les résoudre.

[3]

Chapter VII.

Guarantism.—Theory of Property.

That the citizen, a free and concrete being, made in the image of the State, must have, along with the possession of their person, authority over things, or risk being deprived of all guarantees.—Prejudices unfavorable to absolutism.—Different manners of possessing the land: in community, in feudalism, in sovereignty or property. Examination of the first two modes: rejection.—Opinions of the jurists concerning the origin and principle of property: refutation of these opinions.—New Theory: that the reasons for property, and thus for its legitimacy, must not be sought in its principle or origins, but in its aims. Account of these aims: 1 Necessity, after having organized the State, of creating a counterweight to the State in the liberty of each citizen; federalist and republican character of property; observations on the poll tax and confiscation.—2 Abstention from any law regulating the possession, production, circulation, and consumption of things: analogies with love and art; mobilization of real property.—3 Competition, equalization and moralization of selfishness; character of the true proprietor; scale of the social problem: organic condition of property;—how and why it is said to be absolute.—Preservation of proprietary egoism through the collective reason: maxims of that reason; progressive leveling of conditions and forms; law of social approximations.—Historical look at property: causes of its uncertainties, its variations, its abuses and failures; it has never, anywhere, existed in truth and fullness, in accordance with the [4] wishes of society, and with a perfect understanding of itself.—Spirit of socialism: defense of the author and his critique.—A word to the Poles.

Let us look back over the road we have traveled. Having posed our two great principles, the immanence of justice and of ideas in humanity (Ch. I) and the realism of the State (Ch. II), we have indicated the rule of political geography (Ch. III); from geography we have passed to ethnography (Ch. IV); from ethnography to the organization of the Social Body, and consequently in the form of the Collective Reason (Ch. V); some considerations concerning the Collective Reason have raised us, finally, to the laws of the universal conscience, which are those of progress. Thus we have arrived, through that ultimate question of customs and social transformations, to the far reaches of the intellectual world. One step more, and we would run the risk of falling from the reality where we have remained thus far, into mysticism. It is time to end our ascent, and, as we have climbed from matter to mind, to descend once again from mind towards matter, which we will do, not by retracing our steps, but by completing our arc, by continuing on our path.

One of our maxims is that the citizen must be made in the image of the State, the man given by nature reproduced in the style of Society, true and living Word. It is only in this way that the individual will can acquire that liberty and autonomy of which only the shadow has been given to it by nature, become the personification of right and be able to separate itself from the magistracy and the government.

But it is not only through intelligence and justice, it is not only with theoretical and practical reason that the citizen must follow the example the State. [5] If this were the case, the civic quality would be reduced to a pure ideality. The humanitary republic would exist only in the imagination, in the dream of the conscience; the State alone, having its feet on the ground, king of the temporal realm, would possess things and could say: I am; the nation, deprived of a body, without authority over matter, would be up in the air, lost in its hazy other-worldliness. Here there is not, there cannot be, as in the Apocalypse, two Jerusalems, one on the earth and the other in the heavens: the two are only one, and it is a question of establishing their identity. So it is necessary that the citizen, declared free and inviolable, in full possession of himself though education, autocrat 0ver his labors, his opinions, his desires, his conceptions, his will, as well as over his person, called to resist, if necessary, the despotic tendencies of the State, and to react against the influences and incursions of his fellows, must furthermore be established, like the State, in sovereignty over things; that his self, relying on the external world, creates there a position, a domain, without which his liberty, like a force that had exploded in the void, would remain without efficacy and would fall back into nothingness.

Now, to confer on the citizen power and jurisdiction over things, to assign him a possession, a territory, to make him in this way the head of a state within the state, that is what I call closing the political circle, and ending just where we began. It is not, in fact, through the soil that the political life begins for the individual, as we have previously seen the political State set out from its embryonic valley. It is, on the contrary, though the possession of the soil, through the eminent domain that is granted to him over a portion of territory that the citizen is completed and dignity begins. Thus the citizen becomes the fellow, what am I saying?—the equal, the rival of the State. He is himself the entire State, reduced to its simplest expression, to its most minimal extent. [6] In this way the union of matter and mind is accomplished in the social world, a phenomenon inexplicable in the world of nature, where the creative operation is performed, without our being able to discover its beginning; where the syntheses are given to us ready-made, without our being able to resolve them.


NOTE: The third page of the manuscript returns to the text of Pologne, Part I and the pagination continues from the end of Chapter VI. The summary provided many of the chapter and section title for the published version. The final section, “Un mot aux Polonais,” seems to be missing.

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Theory of Property (Ms. 2846) page 2

[2]

Théorie de la Propriété.

Epigraphe : Sancta Santis.

C’est-à-dire, Tout devient juste pour l’homme juste:

Beati pacifici, quoniam,
ipsi possidebuni terram.

Tout peut se justifier entre les justes.
(Ainsi l’œuvre de chair est permise en mariage, et se sanctifie ; mais malheur à l’homme qui se comporte avec une épouse comme avec une courtisane.)

Cette maxime contient tout le secret de la solution.

L’acte d’appropriation en lui-même, considéré objectivement, est sans droit, il ne se peut légitimer par rien. Ce n’est pas comme le salaire, qui se justifie par le travail, comme la possession, qui se justifie par la nécessité et l’égalité des partages ; la propriété reste absolutiste et arbitraire, envahissante et égoïste.

Elle ne se légitime que par la justice du sujet même.

Mais comment rendre l’homme juste ?

C’est le but de l’éducation, de la civilisation, des mœurs, des arts, etc. ; c’est aussi le but des institutions politiques et économiques dont la propriété est la principale.

Pour que la propriété soit légitimée, il faut donc que l’homme se légitime lui-même ; qu’il veuille être juste ; qu’il se propose la Justice pour but, en tout et partout.

Il faut qu’il se dise, par exemple : La propriété en soi n’étant pas juste, comment la rendrai-je juste ?

D’abord, en reconnaissant à tous le même droit a l’appropriation, à l’usurpation ; 2º en réglementant l’usurpation, comme le corsaire partageant le butin entre ses compagnons ; de sorte qu’elle tende spontanément à se niveler.

Si je ne fais cela, la propriété suit sa nature : elle s’exagère pour l’un, s’annihile pour l’autre ; elle est sans mœurs, immorale.

[2]

Theory of Property.

Epigraph: Sancta Santis.

That is to say, Everything becomes just for the just man:

Beati pacifici, quoniam,
ipsi possidebuni terram.

Everything can be justified between the just.
(Thus the sexual act is permitted in marriage, and sanctified; but woe to the man who behaves with his wife as with a courtesan.)

That maxim contains the whole secret of the solution.

The act of appropriation in itself, considered objectively, is without right. It can be legitimated by nothing. It is not like wages, which is justified by labor, like possession, which is justified by necessity and the equality of shares; property remains absolutist and arbitrary, invasive and selfish.

It is only legitimated by the justice of the subject itself.

But how do we make men just?

That is the aim of education, of civilization, of manners, of the arts, etc.; it is also the goal of the political and economic institutions of which property is the principal.

In order for property to be legitimized, it is necessary that man legitimize himself; that he desires to be just; that he proposes Justice as the goal, in everything and everywhere.

He must say to himself, for example: Property in itself not being just, how would I make it just?

First, by recognizing in all the same right of appropriation, of usurpation; second, by regulating the usurpation, like the corsair dividing the loot among his companions; so that it tends spontaneously to level itself.

If I do not do that, property follows its nature: it is exaggerated for one, annihilated for the other; it is unmannered, immoral.


NOTE: This material appears, with some changes in order formatting, as the section just prior to the material from page 1, at the end of Chapter I in the published edition.

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Theory of Property (Ms. 2846) page 1

[1]

Dedicace. Personnes, Propriete.

On travaille à éluder la question économique.

C’est à ce point de vue que je juge la politique contemporaine.

On croit satisfaire aux nécessités de la situation avec du libre échange, des caisses de retraite, des cités ouvrières, de l’agiotage, de la pisciculture, du jockey-club ! —

On se trompe…

On excite la haine des populations contre les vieilles dynasties ; on espère par ce sacrifice, sauver les aristocraties. Les Romanow, les Habsbourg, les Hohenzollern, les Bourbon, etc., voila ce qu’on offre en pâture à l’hydre.

Mais on travaille à sauver les vieilles noblesses, à reconstituer les aristocraties.

Or, c’est le contraire que je demande.

Il faut anéantir la noblesse polonaise, la noblesse hongroise, comme la noblesse russe.

Il faut possessionner le paysan, l’ouvrier, le prolétaire, en France, en Italie, en Belgique, en Allemagne, en Autriche, et partout.

Il faut faire cesser la distinction de bourgeoisie et plèbe, de capitaliste et salarié, d’ouvrier et maître.

Le droit personnel, qui conduit à l’égal échange, qui a fait décréter le suffrage universel, un peu trop tôt peut-être, nous mène là.

L’unité de l’Italie, la reconstitution de la Pologne et de la Hongrie, les annexions, la guerre : fantaisies rétrospectives, désormais dénuées de sens.

Le pape réduit au spirituel ; une restauration catholique ; une seconde édition du concordat : fantaisie rétrospective.

[1]

Dedication. Persons, Property.

We work to avoid the economic question.

It is from this point of view that I judge contemporary politics.

We imagine meeting the needs of the situation with free exchange, with pension funds, with company towns, agiotage, and pisciculture, with the jockey-club! —

We are mistaken…

We excite the hatred of the populations against the old dynasties; we hopes by this sacrifice to save the aristocracies. The Romanovs, the Habsburgs, the Hohenzollerns, the Bourbons, etc., that is what we offer up as fodder for the hydra.

But we work to save the old gentries, to reestablish the aristocracies.

Now, it is just the opposite that I demand.

We must destroy the Polish nobility and the Hungarian nobility, like the Russian nobility.

We must make possessors of the peasant, the worker, the proletarian, in France, Italy, Belgium, Germany, Austria, and everywhere.

We must put an end to the distinction of bourgeoisie and proles, of capitalist and employee, worker and master.

The individual right, which leads to equal exchange, which has decreed universal suffrage, perhaps a bit too soon, guides us there.

The unity of Italy, the reconstitution of Poland and Hungary, annexations, war: backward-looking fantasies, henceforth devoid of sense.

The Pope reduced to spiritual power; a Catholic restoration; a second edition of the Concordat: a backward-looking fantasy.


NOTE: This “Dedicace” appears, with some reordering of paragraphs and some emphases added, as the final section of Chapter I in the published edition, pp. 65-66. In Ms. 2846, it has been inserted, along with the next page, between the pages numbered 165 and 166.

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Poland: Principles, 1.2

[1.1]

§2.— L’histoire conçue comme une instruction judiciaire.

Pour juger une pareille cause, il faut les principes. Par malheur, depuis tout de siècles qu’elle enregistre les faits et gestes des nations, l’histoire n’est point encore parvienne à déterminer des lois générales, lois qui ne sont autres évidemment que celles [4] de la formation et de l’évolution des états. En deux mots, la philosophie de l’histoire est encore dans l’enfance : tant le progrès de la raison générale est lent, tant en matière du politique et d’histoire, il faut de générations pour asseoir une expérience, recueillir une observation, se formuler un aphorisme ! On parle des jugements de la postérité. Mais quelles sont les règles de ces jugements ? En vertu de quels principes la postérité rend-elle ses sentences ? A quoi reconnaître la validité d’un verdict, à travers le chaos de tant de récits de dispositions contradictoires ? Savons-nous que penser, en définitive, de César, de Charlemagne et de Charles-Quatre? Qui croire, de Michelet ou de Voltaire, sur le siècle de Louis XIV ? Sir Walter Scott écrit un réquisitoire contre Napoléon ; M. Thiers, tout en s’efforçant de rester impartial, eu fait le panégyrique. Auquel des deux ajouter foi ? La vérité est-elle dans celui-ci ou dans celui-là, ou dans tous les deux, ou bien encore entre le deux ?…

J’ai lu, dans ma vie, une certaine quantité d’ouvrages historique : mémoires, biographies, monographies, tableaux chronologiques, histoires narratives, expositives, politiques, ecclésiastiques, militaires, littéraires, compilation d’annales, recueil de pièce diplomatiques histoires, a [la] usage du peuple et de la jeunesse etc. Je ne crois pas flatter mes contemporaines en disant que notre siècle a produit en ce genre une foule d’excellents écrits pour les quels mon admiration est d’autant plus sincère que je me sensé moins capable d’en approcher. Mais on ne m’accusera pas non plus de présomption si j’ajoute que l’histoire, conçu comme instruction judiciaire, perpétuelle, des nations et de l’humanité la seule en dernière analyse, qui puise servir à l’instruction et à la moralisation des masses, fournir des règles au publiciste, et diriger l’homme d’état, [5] cette histoire, selon moi, n’existe pas. Je cherche des jugements ; je ne rencontre partout que des plaidoyers et des témoignages.

Historien, vos narrations m’enchantent : il n’est roman ni épopée qui approche pour l’intérêt, de ces réalités tour à tour hideuse, vulgaires ou splendides ; des ces revirements imprévu de ces relations où la Providence semble apparaitre en personne et qui laissent loin derrière elle toutes les péripéties et des dénouements du théâtre. Mais il faut conclure ; surtout il faut motiver vos conclusions. Or, vous ne concluez jamais ; vous n’avez ni définitions, ni principes, ni maximes, au moyen desquels vous puissiez formuler un jugement ; on dirait même que, d’après vous, le perfection de l’histoire est de présenter, avec plus ou moins de clarté, les faits dont se compose ; puis, le lecture saisi, d’abondance le jugement à sa conscience. Mais le lecteur est incapable de juger si vous ne lui donnez soi-même le clé de toutes ces énigmes : en sorte que l’histoire, le plus haute manifestation de la vérité, j’ai presque dite de l’être divin, privée du flambeaux juridiques, devient un abîme de doute.

Il s’agit, par exemple, de la chute ou de la résurrection d’un État. Et bien, qu’est-ce d’abord que cette chose que l’on nomme État ? De quoi consistent-elle, et à quel signe peut on l’apercevoir qu’elle peut existe, qu’elle existe ? Est-ce une réalité ou une abstraction ? L’Etat est-il sujet à maladie et à trépas, ou bien, seulement à modification et résiliation ? Sur quoi se fonde le droit d’une agglomération d’hommes à se gouverner elle-même, à l’exclusion de toute influence étranger, et conséquemment à maintenir envers et contre tous, son autonome ? Si ce [5(6)] droit est absolu, comment expliquer, justifier tant de fusions d’États, tant d’absorptions des nationalités, sur lesquelles ne s’élevé aucune réclamation ? S’il n’est que conditionnel, quelles en sont les limites ? Comment, par quelles causes, dans quels cas, peut-il se perdre ?

Quel est ensuite le rapport de l’État et la nation ? Se distinguent-ils l’on d’autre, ou n’est-ce toujours que la même chose, considérée sous deux aspects différents ? l’État est-il le produit de la nation, la manifestation de sa pensée, la forme de sa être, ou simplement une accident de son existence ? L’État et la nation sont-ils tellement liés l’un à l’autre que l’un des deux venant à périr, le mort de l’autre s’ensuivre nécessairement ? On conçoit très bien cette conséquence : Plus de nation, plus d’État. Mais, la réciproque n’est pas vraie ; l’abolition de l ‘État n’entraine pas la mort de la nation ; plus d’une fois, au contraire une nation a trouvé avantage à se place sous la direction d’une autre, et à suivre sa destinée. Dès lors, quelle [opère] de dommage une nation, en qui le lien politique est dissous, peut-elle éprouvez à se voir incorporée, malgré elle, dans un autre état !

L’État, comme toute grandeur [concrète], est susceptible, tant au point de vue de son organisme, que à celui du territoire qu’il occupe, de s’accroitre comme de se réduire, qu’elle sont donc les lois de organisation et de circonscription des états ? Existe-t-il, pour eux, des limites naturelles, et comment les reconnaître ? La réunion de deux races différentes, et par conséquence de leurs territoires respectifs, en un même [corps] de nation et d’État, est-elle contraire ou conforme à la loi de civilisation ? Dans un dernier cas, qu’est-ce qui [le] rend légitime ? Quand peut-elle être poursuivre, au besoin, par la force ? Quels rapports, quels litiges, quels droits, quelles combinaisons politiques, peuvent naitre de la diversité des races, et de la proximité des états ?… [6(7)]

Ces questions, et bien d’autres que l’on verra surgie à mesure que nos avancerons dans cette étude, doivent être préalablement résolus, si nous tenons à porter sur l’histoire en général et sur les révolutions des états, un jugement raisonné. Mais c’est ce dont ne s’inquiètent guère les faiseurs de remaniements politiques. Il a été publié, depuis quatre vingt ans, en faveur de la Pologne, des volumes par milliers : je ne crois pas que la question de droit ait été sérieusement posée dans un seul. S’imagine-t-on cependant alors que les litiges autre simples particuliers sont l’objet de tant de prescriptions et de formalités, que les différends internationaux puissent se régler, si j’ose me servi de cette expression populaire, à vue de nez ; et qu’il suffire pour résoudre de telles questions, de parler aux imaginations et de passionner les [   ]aves !

Sommé de rétracter, ou de justifier d’une manière plus explicite, une opinion incidemment émis par nous sur la Pologne, j’ai compris que ce qui nous manquait surtout en politique et en histoire, ce sont les principes. Pour apprécier sainement la catastrophe qui termine le drame polonais, il faut connaître non seulement les faits qui l’ont précédée et amenée, mais les lois qui régissent les faits eux-mêmes, et qui leur donnent, en bien et en mal, leur signification. Or, je le répète, la connaissance de ces lois est justement ce qui fait défaut à l’histoire.

Certes, je ne me fais pas illusions. Ce n’est pas dans un essai pour ainsi dire impromptu que j’oserais me flatte d’avoir comblé le lacune laissée par tant et de si profonds, et de si laborieuse histoires. Je crois que j’aurais tout [7(8)] au plus réussi à l’indiquer. L’infini est dans l’histoire comme dans la nature : quand même le passé et l’avenir seraient rassemblée devant nous, il faudrait encore des siècles pour en achever le philosophie. Mais il pouvait être permis au chercher le plus modeste de faire quelques pas dans un carrière à peu près inexplorée, et comme il n’est pas besoin d’une grande connaissance de l’anatomie et de la physiologie pour affirmer avec certitude que la privation d’aliments entraine nécessairement la mort de l’animal, ou l’ablation des parties génitales, la perte de la faculté génératrice, de même il m’a semble qu’un simple amateur d’histoire pouvait en reconnaître les conditions élémentaires et poser les fondements de sa judicature. Ce sont ces éléments et ces lois, bases du droit, que j’appellerai historique, bien que le mot ou la chose ait obtenu jusqu’ici peu de faveur, que je me propose d’étudier dans cette première partie.

§2. — History conceived as a legal inquiry.

To judge such a case, principles are required. Unfortunately, for all the centuries that it has recorded the comings and goings of the nations, history has still not managed to determine general laws, laws that are obviously none other than those of the formation and the evolution of states. In short, the philosophy of history is still in its infancy: so slow is the progress of the general reason, in matters of history as well as politics, generations will be required to set up one experiment, gather one observation, express one aphorism! We speak of the judgments of posterity. But what are the rules of these judgments? By virtue of what principles does posterity render its sentences? How are we to recognize the validity of a verdict, through the chaos of so many accounts of contradictory tendencies? Do we know what to think, ultimately, of Caesar, Charlemagne and Charles IV? Who do we believe, Michelet or Voltaire, regarding the century of Louis XIV? Sir Walter Scott wrote an indictment against Napoleon; M. Thiers, while striving to remain impartial, made his eulogy. To which of the two should we give credence? Is the truth in one or the other, or in both, or rather between the two?…

I have read, in my life, a certain number of historical works: memoirs, biographies, monographs, chronological charts, narrative, expositive, political, ecclesiastical, military, and literary histories, compilations of annals, collected papers, diplomatic histories for the use of the people and for the young, etc. I do not believe that I flatter my contemporaries by saying that our century has produced, in this genre, a host of excellent writings, for which my admiration is that much more sincere as I feel myself less capable of approaching them. But neither will I be accused of presumption if I add that history, conceived as a legal inquiry, perpetual [in nature], of the nations and of humanity,—the only history, in the last analysis, which could serve the instruction and moralization of the masses, furnish rules to the public advocate, and direct the statesman,—that history, I say, does not exist. I seek judgments; I encounter everywhere only pleas and testimonies.

Historian, your narratives enchant me: there is no novel or epic that approaches, in terms of interest, these realities by turns hideous, vulgar or splendid; these unforeseen reversals and these relations where Providence seems to appear in person and which far surpass all the twists and turns and dénouements of the theater. But it is necessary to conclude; above all, it is necessary to justify your conclusions. Now, you never conclude; you have neither definitions, nor principles, nor maxims by means of which you could form a judgment; one could even say that, according to you, the perfection of history is to present, with more or less clarity, the facts of which it is composed and then, the reader caught, to abandon the judgment to their conscience. But the reader is incapable of judging if you do not given them the key to all these enigmas: so that history, the highest manifestation of truth, I almost said of the divine being, deprived of the juridical torches, becomes a chasm of doubt.

It is a question, for example of the fall and resurrection of a State. And, well, what is this thing that we call a State? What is it made up of, and by what sign can we perceive that it can exist, that it exists? Is it a reality or an abstraction? Is the State subject to sickness and death, or only to modification and termination? On what basis does an agglomeration of men have the right to govern themselves, without any foreign influence, and consequently to maintain their autonomy toward and against all others? If this right is absolute, how to explain, to justify so many fusions of States, so many absorptions of nationalities, about which no complaints have been raised? If it is only conditional, what are its limits? How, by what causes, in what cases, can it be lost?

What, then, is the relation between the State and the nation? Are they distinguished from one another, or are they always just the same thing, considered from two different sides? Is the State the product of the nation, the manifestation of its thought, the form of its being, or simply an accident of its existence? Are the State and the nation so linked to one another that if one of the two should perish, the death of the other necessarily follows? We can very well imagine this result: No more nation, no more State. But the reverse is not true; the abolition of the State does not bring about the death of the nation; more than once, on the contrary, a nation has found it advantageous to place itself under the direction of another, and to follow its destiny. Consequently, what [   ] of shame can a nation, in which the political link is dissolved, feel to see itself incorporated, despite itself, in another state!

The State, like every concrete greatness, is liable, as much from the point of view of its organization [organisme], as from that of the territory it occupies, of increase as of reduction, so what are the laws of the organization and circumscription of States? Do there exist, for it, natural limits, and who are they recognized? Is the gathering of two different races, and consequently of their respective territories, in a single body as nation and State, contrary or in accordance with the law of civilization? In the latter case, what makes it legitimate? When can it be pursued, at need, by force? What relations, what disputes, what rights, what political combinations can arise from the diversity of races and from the proximity of states?… [6(7)]

These questions, and many other that we will see loom as we progress in this study, must be resolved in advance, if we are determined to make a reasoned judgment on history in general and on the revolutions of states. But it is this with which the creators of political reorganizations hardly trouble themselves. For twenty-five year, there have been thousands of volumes published in support of Poland: I do not believe that the question of right has been seriously posed in a single one. Do we then imagine, however, that the disputes between private individuals are the subject of some many prescriptions and formalities, that the international disagreements can be resolved, if I dare make use of this popular expression, with a rough guess, and that it is sufficient, in order to resolve such questions, to speak to the imaginations and excite the [   ]!

Called to retract, or to justify in a more explicit manner, an opinion regarding Poland ventured by us in passing, I have understood that what we lack above all in politics and in history is principles. In order to correctly assess the catastrophe that ended the Polish drama, it is necessary to know not only the facts that preceded it and led up to it, but the laws that govern the facts themselves, and give them, for good or evil, their meaning. Now, I repeat, the knowledge of these laws is precisely what history lacks.

Certainly, I do not delude myself. In an essay that is, as it were, impromptu, I would not dare to flatter myself with filling the gap left by so many deep and laborious histories. I believe that I have, at most, managed to indicate it. The infinite is in history as in nature: even if the past and future were assembled before us, it would still take centuries to complete its philosophy. But the most modest seeker might be permitted to take a few steps in a very nearly unexplored career, and as he would not need a great knowledge of anatomy and physiology to state with certainty that the deprivation of food leads necessarily to the death of the animal, or the removal of the genital parts to the loss of the generative function, just so it seems to me that a simple lover [amateur] of history could recognize its essential conditions and set down the basis of its judicature. It is these elements and these laws, the basis of right, that I would call historical, although the word or thing has thus far obtained little favor, that I propose to study in this first part.

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Poland: Principles, 1.1

Première partie.

Les principes.

Chapitre premier.

Histoire et nationalité.

Question polonais.—L’histoire conçue comme une instruction judiciaire : nécessité pour écrire l’histoire et juger un nation de poser quelques principes.—Doctrine d’immanence : que l’organisme politique est le produit de la spontanéité sociale, et que là où cette dernière fait défaut, l’état devenant impuissant et impossible, la nationalité demeure nulle.—Épuisement de le spontanéité dans les nations : Juifs, Grecs, Romains et Italiens.—Divisions de l’histoire de Pologne : conclusion défavorable à la revendication des Polonais.

§1.— Question polonaise.

Les Polonais se plaignent qu’un crime a été commis contre leur nationalité vers la fin du 18e siècle, par les trois puissances coalisée de la Prusse, la Russie, et de l’Autriche. Le droit des gens aurait été monstrueusement violé en leur personne : un état libre, en paix avec ses voisins, aurait été surpris, comme dans a guet-apens et anéanti ; une société remarquable par sa civilisation, illustre par le annales, assassiné. Ils protestent contre le violence qui leur a été faite, contre le congres de Vienne qui l’a sanctionnée, contre l’Europe, monarchique et conservatrice, démocratique [3] et révolutionnaire, qui les oublie ; et ils demandent à été rétabli dans leur indépendance et dans leurs frontières de 1772. Parmi les publicistes, les unes, bien qu’ils reconnaissent l’absurdité de l’ancien gouvernement de Pologne et qu’ils passent condamnation sur son histoire, appuient la réclamation : comme si l’on pouvait ressusciter, ad libitum, une nationalité ; des autres, tout en témoignant de leur sympathie pour un peuple malheureuse, jugent la chose impraticable, et conseillent le résignation. Quand aux promoteurs actifs de la restauration polonais, si quelques-uns soit de bonne foi, le [loin] plus en majorité, gens de partie, chercheurs d’aventures, intrigants sans principes, politiques de clubs et cabarets, n’a d’autre but que de satisfaire sa vanité ou son ambition. Comme dans toutes les questions restées obscures, l’ignorance et le charlatanisme ont pris ici la place du sens commun ; et l’on n’est pas peu étonné de voir des hommes d’opinion contraires, s’appuyant sur des considérations qui l’autre détruisent, démocrates et oligarques, chrétiens et athées, plébéiens et nobles, demander avec un égal acharnement la reconstitution du royaume, selon les un, de la république, selon des autres, de Pologne.

Disons, enfin, que ce que l’on demande pour la Pologne, ou l’a voulu pour la Grèce ou l’Italie, ou se réclame pour la Hongrie, la Bohême, l’Irlande, l’Écosse peut-être : c’est la mode aujourd’hui, en politique, de vouloir de faire les agglomérations unitaires, et de se mettre sur pied les états abolis. Cela s’appelle principe de nationalité.

C’est donc, pour chaque peuple déchu, un procès qu’il s’agit d’instruire, une enquête internationale à faire, qui exige avec des lumières supérieures la discussion des divers [systèmes] sociaux et de dix ou quinze siècles d’histoire !

Part One.

Principles.

Chapter I.

History and Nationality.

The Polish Question.—History understood as a legal inquiry: necessity, in order to write history and judge a nation, of positing some principles.—Doctrine of immanence: that the political organism is the product of social spontaneity, and that where that spontaneity is lacking, the State becoming powerless and impossible, the nationality remains non-existent.—Exhaustion of the spontaneity in nations: Jews, Greeks, Romans and Italians.—Divisions of the history of Poland: conclusion unfavorable to the demands of the Poles.

§1.— The Polish Question.

The Polish people complain that a crime has been committed against their nationality at the end of the 18th century, by the three combined powers of Prussia, Russia and Austria. The right of peoples [droit des gens] would have been monstrously violated in their person: a free state, at peace with its neighbors, would have been caught, as in an ambush, and wiped out; a society notable for its civilization, famous in the annals, assassinated. They protest against the violence that has been done to them, against the Congress of Vienna that sanctioned it, against Europe, monarchical and conservative, democratic [3] and revolutionary, which forgets them; and that demand to be restored to their independence and to their boundaries of 1772. Among the journalists, some, while they recognize the absurdity of the former government of Poland and while they pass condemnation on its history, support the demand: as if one could resurrect, ad libitum, a nationality; others, while testifying to their sympathy for an unfortunate people, judge the thing impracticable, and counsel resignation. As for the active promoters of the Polish restoration, if some are in good faith, the far greater majority, party functionaries, adventure-seekers, unprincipled schemers, politicians of the clubs and cabarets, have no other aim but to satisfy their vanity or their ambition. As with all questions that remain obscure, ignorance and charlatanism have here taken the place of common sense; and one is not a bit astonished to see men of contrary opinions, relying on considerations that the others destroy, democrats and oligarchs, Christians and atheists, plebeians and nobles, demand with equal doggedness the reconstitution of the kingdom, according to some, or of the republic, according to others, of Poland.

Let us say, finally, that what is asked for Poland, what is desired for Greece or Italy, what is demanded for Hungary, Bohemia, Ireland, Scotland perhaps: it is the fashion today, in politics, to want to make unitary agglomerations, and to put in place the abolished states. This is called the principle of nationality.

There is, then, for each fallen people, a trial to be conducted, an international investigation to make, which demands, [along] with superior understanding, the discussion of the various social systems and of ten or fifteen centuries of history!

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Sebastien Faure, “A word to my dear friends in the AFA” (1928)

This is the second of two previously untranslated sections of “The Anarchist Synthesis.”

Un mot à mes chers amis de l’Association des fédéralistes anarchistes (l’AFA)

Mes chers amis,

Je vous connais presque tous personnellement et je sais quel est votre état d’esprit.

J’ai le sentiment que tous vous approuverez l’initiative que je prends et qu’aurait pu prendre tout comme moi n’importe lequel d’entre vous, s’il y eût songé.

Vous estimerez donc que, d’une part, il convient de répandre à profusion cette idée de la « Synthèse anarchiste » servant de base à un regroupement entièrement nouveau des forces anarchistes et que, d’autre part, il faut de toute urgence, donner à cette idée une forme pratique, une application positive.

Notre organisation (l’AFA) date d’hier. Cette extrême jeunesse lui vaut le précieux avantage de n’avoir pas été mêlée — en tant que groupement — aux déplorables conflits qui rongent et affaiblissent notre mouvement.

Je vous confie le soin de répandre partout la bonne nouvelle de la « synthèse anarchiste ». C’est à vous que les circonstances confèrent le droit et imposent le devoir de regrouper, sur la base de cette synthèse loyalement et fraternellement appliquée, les forces anarchistes résidant en France. Vite, vite, prenez à votre tour l’initiative de ce regroupement.

Convoquer, dès que possible, tous les camarades de votre localité ou quartier — sans distinction de tendance — que vous savez ou supposez être disposés à se grouper ou regrouper pour donner à notre chère propagande plus de cohésion, de rayonnement et d’efficacité.

Mettez en pratique ce paragraphe de notre projet d’organisation : « Chaque groupe fixera lui-même son mode de recrutement et d’organisation intérieure. »

Gardez-vous de demander à qui que ce soit qu’il abdique quoi que ce soit de ses préférences personnelles. Que chacun, au contraire, reste fidèle à la fraction qui cadre le mieux avec son tempérament, sa formation libertaire, sa conception anarchiste, les moyens de propagande dont il dispose, les méthodes de combat auxquelles il est le plus apte, le milieu de travail ou d’agitation auquel il appartient, le genre de vie qu’il mène, ses occupations professionnelles, etc., etc.

Il n’est pas question de fabriquer une sorte d’anarchiste-type tiré à quelques milliers d’exemplaires, et, partant, dénué de toute personnalité, caractère propre ou originalité.

Il s’agit seulement de rassembler, dans une atmosphère de franchise et de bonne amitié, tous ceux qui luttent activement contre l’exploitation et la domination que subissent individuellement et collectivement tous ceux qui travaillent à la conquête positive, pour tous et pour chacun, du bien-être et de la liberté.

Le champ est vaste. Que chacun y choisisse sa place. Mais que d’efforts peuvent être associés !

Antiparlementaire, anticapitaliste, antireligieux, anti-étatiste, antimilitariste ; est-il un anarchiste, un seul, qui ne soit pas tout cela ?

Faites appel à tous.

La confiance, l’élan, l’enthousiasme renaîtront. Que de grandes et fortes actions nous pourrons engager et que de belles et nobles campagnes nous pourrons entreprendre et mener à bien, coeurs fraternels et bras unis !…

Chers compagnons !

On ne manquera pas de ricaner, par-ci, par-là, et de se livrer aux plaisanteries faciles sur cet appel à l’embrassade générale.

Vous ne vous laisserez pas émouvoir par ces ricanements.

Ne vaut-il pas mieux, entre anarchistes, s’embrasser que se mordre, travailler ensemble que les uns contre les autres, vivre en paix que se faire la guerre ?

Nous sommes à la fois pleins de haine et d’amour.

Notre haine, nous en dirigeons toutes les forces contre les tenants et suppôts de l’Autorité.

Notre amour, nous en gardons tous les ressorts puissants pour les associer à ceux des anarchistes qui, comme nous, aiment la liberté luttent pour elle.

Que, à l’exception de ceux qui, réfractaires à l’idée même de l’organisation, préfèrent militer isolément, tous les compagnons apportent leur adhésion à notre association. Qu’ils se rallient aux groupes déjà existants. Que, dans les localités où il n’y a pas de groupe, ils en forment un et travaillent ensuite à le rendre nombreux et actif.

Attelons-nous à la besogne. Consacrons-nous à celle-ci avec passion et persévérance.

Sébastien FAURE

A word to my dear friends in the Association of Anarchist Federalists (AFA)

My dear friends,

I know nearly all of you personally and I know your state of mind.

I have the feeling that all of you would approve of the initiative that I am taking and that any one of you would have taken, if you had thought of it.

So you will appreciate that, on one hand, it is suitable to spread profusely this idea of the “Anarchist Synthesis,” serving as the basis for an entirely new regrouping of anarchist forces and that, on the other hand, it is an urgent necessity to give that idea a practical form, a positive application.

Our organization (the AFA) is quite new. That extreme youth brings it the precious advantage of not having been mixed up — as a group — in the regrettable conflicts that weaken and eat away at our movement.

I entrust to you the task of spreading the good news of the “anarchist synthesis” everywhere. It is to you that circumstances confer the right and impose the duty to group together the anarchist forces residing in France on the basis of that synthesis, faithfully and fraternally applied. Quickly, quickly, take, in your turn, the initiative in this regrouping.

Summon, as soon as possible, all the comrades of your locality or quarter — without distinction of tendency — that you know or suppose to be inclined to group or regroup in order to give more cohesion, influence and effectiveness to our dear propaganda.

Put into practice this paragraph from our plan of organization: “Each group will decide for itself the methods of recruitment and internal organization.”

Beware of asking anyone to surrender any of their individual preferences. On the contrary, let each remain faithful to the fraction that best suits their temperament, to their libertarian development, their idea of anarchism, the means of propaganda to which they are inclined, the methods of combat in which they are most capable, the environment, for labor or agitation, to which they belong, the type of life that they lead, their professional occupations, etc., etc.

There is no question of fabricating a sort of model anarchist, reproduced in some thousands of copes, and consequently devoid of any personality, character or originality.

It is simply a question of gathering, in an atmosphere of openness and good friendship, all those who struggle actively against the exploitation and domination endured, individually and collectively, by all those who work toward the positive conquest of well-being and liberty for each and for all.

The field is vast. Let each one choose their place there. But so many efforts can be associated!

Anti-parliamentary, anti-capitalist, anti-religious, anti-statist, anti-militarist; is there an anarchist, just one, who is not all of that?

Appeal to them all.

Confidence, momentum and enthusiasm will be reborn. What great and powerful actions we could undertake and what fine and noble campaigns would could begin and complete , fraternal hearts and arms joined!…

Dear comrades!

They will not fail to sneer, here and there, and to indulge in easy banter about this call to a general embrace.

You will not let yourself be moved by these jeers.

Wouldn’t it be better, among anarchists, to embrace than to bite, to work together rather than against one another, to live in peace rather than make war?

We are, at once, full of hatred and full of love.

As for our hatred, let us direct all of its strength against the disciples and henchmen of Authority.

As for our love, let us preserve all its powerful springs in order to associate them with those of the anarchists who, like us, love liberty and struggle for it.

Let all the comrades, with the exception of those who, resistant to the very idea of organization, prefer to campaign in isolation, become members of our association. Let them join already existing groups. In the localities where there are no groups, let them form one and then work to make it large and active.

Let us set ourselves to the work. Let us devote ourselves to it with passion and perseverance.

 

Sébastien FAURE

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Sébastien Faure, “An appeal to all the comrades residing in France” (1928)

This is the first of two previously untranslated sections of “The Anarchist Synthesis.”

Appel à tous les compagnons quel que soit leur pays d’origine résidant en France:

Le débat sur la synthèse anarchiste, comme base d’une organisation anarchiste entièrement nouvelle en France est et reste ouvert. Il n’est pas question de l’étouffer. Pour qu’il soit fécond, il est indispensable qu’il se poursuive dans une atmosphère de franchise, de loyauté et de camaraderie. Sinon, loin de cicatriser la plaie, il ne ferait que l’envenimer.

Mais je sais qu’il existe un nombre considérable de camarades qui, las de nos querelles intestines et pénétrés du préjudice incalculable qu’elles portent à notre propagande, aspirent à y mettre fin.

C’est à ceux-là que, sans plus attendre, je m’adresse, au nom de cette initiative individuelle tant en honneur, naguère encore, dans les milieux libertaires.

Et je dis à tous ces camarades sans distinction de tendance: «Ne laissons pas le mal empirer. N’attendons pas qu’il ait fait, dans le Mouvement anarchiste, de tels ravages qu’il faille, pour le ramener au point où il devrait être aujourd’hui, des années d’efforts et de lutte. On a beau mettre les bouchées doubles, le temps perdu ne se rattrape pas. Ne renvoyons donc pas au lendemain ce que nous pouvons et devons faire aujourd’hui même.

Agissons tout de suite.

Gardons-nous de chercher à établir la balance des responsabilités personnelles ou collectives. Reconnaissons sincèrement et courageusement que chacun de nous a sa part de responsabilité. Passons l’éponge sur nos torts réciproques et prenons l’engagement de ne plus remuer ces tristesses.

Faisons à la grande Idée qui nous unit tous: anarcho-syndicalistes, communistes-libertaires ou individualistes-anarchistes, le sacrifice – facile après tout – de nos ressentiments et de nos amours-propres. Une fois pour toutes, sincèrement, véritablement, chassons de notre esprit toute irritation, et de notre coeur toute amertume.

Jamais le resserrement de nos forces n’a été plus indispensable et ne fut jamais plus urgent; aux difficultés de la bataille formidable que nous avons à mener seuls contre le monde d’ennemis que nous avons l’opiniâtre volonté d’abattre, s’ajoute, pressante autant que terrible, la triple menace du fascisme, du bolehevisme et de la guerre.

Hâtons-nous. Ne perdons plus un seul jour.

—–

Les circonstances veulent que, présentement, le coeur de l’anarchisme mondial et le foyer de son activité se trouvent en France. Songeons que par dizaines et dizaines de milliers, des camarades d’origine étrangère sont réfugiés dans ce pays. Ne perdons pas de vue qu’ils placent en nous leurs espoirs et leur confiance; cessons de leur donner l’affligeant spectacle de nos luttes fratricides.

Reconstituons au plus tôt l’immense famille dans laquelle, en attendant que les frontières de leur pays d’origine leur redeviennent accessibles, ces proscrits pourront réchauffer leurs coeurs et conserver, étincelant, le flambeau de leurs convictions.

Ayons conscience que nous quereller, c’est, dans les circonstances actuelles, presque trahir la Cause dont les événements internationaux et l’abominable répression qui en est la suite, nous ont confié la défense sacrée.

Plus nous sommes divisés et plus nous sommes faibles; plus nous redeviendrons unis et solidaires et plus nous redeviendrons forts.

Cette vérité banale, ne l’oublions pas; ne l’oublions plus. Puisse-t-elle désormais, dans toute la mesure du possible, tracer à chacun de nous sa ligne de conduite!

An appeal to all the comrades, whatever their country of origin, residing in France.

The debate on the anarchist synthesis, as the basis of an entirely not anarchist organization in France, is and remains open. There is no question of stifling it. In order that it be fruitful, it is indispensable that it is se carried on in an atmosphere of candidness, faithfulness and camaraderie. If not, far from healing the wound, it would only inflame it.

But I know that there exist a considerable number of comrades who, weary of our intestine quarrels and understanding the incalculable harm that they do to our propaganda, hope to put an end to them.

It is to them that I address myself, without further ado, in the name of that individual initiative that was so honored, not so long ago, in libertarian circles.

And I say to all these comrades, without distinction of tendency: “Let us not allow the evil to worsen. Let us not wait until it has so ravaged the Anarchist Movement that it would require years of effort and struggle to bring it back to the point where it should be today. Doubling our efforts is in vain; the lost time is not recaptured. So do not put off until tomorrow what we can and should due this very day.

Let us act straightaway.

Let us refrain from seeking to establish the balance of individual or collective responsibilities. Let us recognize sincerely and courageously that each of us has their share of responsibility. Let us wipe clean our reciprocal wrongs and make a commitment to no longer stir up these sorrows.

To the great Idea that unites us all, anarcho-syndicalists, libertarian communists or anarchist individualists, let us make the sacrifice — an easy sacrifice, after all — of our resentments and our pride. Once and for all, sincerely, truly, let us chase all irritation from our minds, and all bitterness from our hearts.

Never has the strengthening of our forces been more indispensable, and it has never been more urgent; to the difficulties of the formidable battle that we have to lead alone against the world of enemies that we obstinately wish to cut down, is added the triple menace, as pressing as it is terrible, of fascism, Bolshevism and war.

Let us make haste. Let us not lose one more day.

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Circumstances require that, presently, the heart of worldwide anarchism and the center of its activity is found in France. Let us consider that dozens and dozens of comrades of foreign origin are refugees in this country. Let us not forget that they place their hopes and confidence in us; let us quit presenting them the unsettling spectacle of our fratricidal struggles.

Let us reestablish, as soon as possible, the immense family in which, while waiting for the borders of their countries of origin to once again become accessible to them, these exiles could again warm their hearts and preserve, blazing, the torch of their convictions.

Let us be aware that to quarrel is, in the present circumstances, almost treason to the Cause of which international events and the abominable repression that is its sequel have entrusted to us the sacred defense.

The more divided we are, the weaker we are; the more we regain unity and solidarity, the more we regain our strength.

This banal truth, let us not forget it; let us no longer forget it. May it from now on, to the extent it is possible, plot for each of us our line of conduct!

Comments Off on Sébastien Faure, “An appeal to all the comrades residing in France” (1928)

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Proudhon, “LVIII. — System of public reason, or social system” (Justice)

LVIII. — Système de la raison publique, ou système social.

Que de fois ne me suis-je pas entendu adresser ce compliment que la critique jalouse se hâterait, pour l’honneur du siècle, de retirer, si elle en comprenait la portée : Vous êtes un admirable destructeur; mais vous ne construisez rien. Vous jetez les gens à la rue, et vous ne leur offrez pas le moindre abri. Que mettez-vous à la place de la religion? Que mettez-vous à la place du gouvernement? Que mettez-vous à la place de la propriété? On me dit à présent: Que mettez-vous à la place de cette raison individuelle, dont, pour le besoin de votre cause, vous êtes réduit à nier la suffisance?

Rien, mon bonhomme; car j’entends ne supprimer rien de ce dont j’ai fait si résolûment la critique. Je ne me flatte que de deux choses : c’est, en premier lieu, de vous apprendre à mettre chaque chose à sa place, après l’avoir expurgée de l’absolu et balancée avec les autres choses; ensuite, de vous montrer que les choses que vous connaissez, et que vous avez tant de peur de perdre, ne sont pas les seules qui existent, et qu’il en est de plus considérables encore dont vous avez à tenir compte. De ce nombre est la raison collective.

On demande le vrai système, le système naturel, rationnel, légitime, de la société, puisque aucun de ceux qui ont été essayés ne résiste à l’action secrète qui le désorganise. Ça été la préoccupation constante des philosophes socialistes, depuis le mythologique Minos jusqu’au directeur des Icariens. Comme on n’avait aucune idée positive ni de la Justice, ni de l’ordre économique, ni de la dynamique sociale, ni des conditions de la certitude philosophique, on s’est fait une idée monstrueuse de l’être social: ou l’a comparé à un grand organisme, crée selon une formule de hiérarchie qui, antérieurement à la Justice, constituait sa loi propre et la condition même de son existence; c’était comme un animal d’une espèce mystérieuse, mais qui, à l’instar de tous les animaux connus, devait avoir une tête, un cœur, des nerfs, des dents, des pieds, etc. De cette chimère d’organisme, que tous se sont évertués à-découvrir, on déduisait ensuite la Justice, c’est à dire qu’on faisait sortir la morale d’une physiologie, ou, comme on dit aujourd’hui, le droit du devoir, de sorte que la Justice se trouvait toujours placée hors de la conscience, la liberté soumise au fatalisme, et l’humanité déchue.

J’ai refuté d’avance toutes ces imaginations, en exposant les faits et les principes qui les écartent à jamais.

En ce qui touche la substantialité et l’organisation de l’être social, j’ai montré la première dans ce surcroît de puissance effective qui est propre au groupe, et qui excède la somme des forces individuelles qui le composent; j’ai donné la loi de la seconde, en faisant voir qu’elle se réduit àune suite de pondération des forces, des services et des produits, ce qui fait du système social une équation générale, une balance. En tant qu’organisme, la société, l’être moral par excellence, diffère essentiellement des êtres vivants, en qui la subordination des organes est la loi même de l’existence. C’est pourquoi la société répugne à tonte idée de hiérarchie, ainsi que le fait entendre la formule : Tous les hommes sont égaux en dignité par la nature et doivent devenir équivalents de conditions par le travail et la Justice.

Or, telle est l’organisation d’un être, telle sera sa raison: c’est pourquoi, tandis que la raison de l’individu affecte la forme d’une genèse, comme on peut le voir par toutes les théogonies, les gnoses, les constitutions politiques, la syllogistique; la raison collective se réduit, comme l’algèbre, par l’élimination de l’absolu, à une série de résolutions et d’équations, ce qui revient à dire qu’il n’y a véritablement pas, pour la société, de système.

Ce n’est pas un système en effet, dans le sens qu’on attache ordinairement à ce mot, qu’un ordre dans lequel tous les rapports sont des rapports d’égalité; où il n’existe ni primauté, ni obédience, ni centre de gravité ou de direction; où la seule loi est que tout se soumette à la Justice, c’est à dire à l’équilibre.

Les mathématiques forment-elles un système? Il ne tombe dans l’esprit de personne de le dire. Si dans un traité de mathématiques quelque trace de systématisation se décèle, elle est du fait de l’auteur; elle ne vient point de la science même. Il en est ainsi dans la raison sociale.

Deux hommes se rencontrent, reconnaissent leur dignité, constatent le surcroît de bénéfice qui résulterait pour tous deux du concert de leurs industries, et se garantissent en conséquence l’égalité, ce qui revient à dire, l’économie. Voilà tout le système social : une équation, et par suite une puissance de collectivité.

Deux familles, deux cités, deux provinces, contractent sur le même pied : il n’y a toujours que ces deux choses, une équation et une puissance de collectivité. Il impliquerait contradiction, violation de la Justice, qu’il y eût autre chose.

C’est pour cela que toute institution, tout décret qui ne relève pas exclusivement de la Justice et de l’égalité, succombe bientôt aux attaques de la critique, aux incursions du libre examen. Car, de même que dans la nature toute existence peut être récusée au nom de la dignité et de la liberté, de même dans la société tout établissement peut être récusé au nom de la Justice ; il n’y a que la Justice qui ne puisse être récusée au nom de rien. La Justice est inamovible, immodifiable, éternelle; tout le reste est transitoire.

Et voilà comment les religions, les constitutions politiques, les utopies de toute espèce imaginées pour la conciliation de l’intérêt individuel et de l’intérêt collectif, mais ayant toutes la prétention de partir de plus haut que la Justice, de faire plus ou mieux que la Justice, de se servir de la Justice au lieu de la servir elle-même, ont fini par être trouvées toutes contraires à la Justice, et, au nom de la Justice, éliminées. Ce sont des créations de l’absolutisme individuel, déguisées sous le masque de la Divinité.

Et il en sera de même aussi longtemps que la pensée de l’absolu restera prépondérante dans le gouvernement des sociétés. Il n’est combinaison de la force et de la ruse, de la superstition et du machiavélisme, de l’aristocratie et de la misère, qui puisse avoir définitivement raison de la Justice. Et si cette Justice est armée de la critique, si vous lui donnez pour appariteur la discussion quotidienne, universelle, des institutions et des idées, des jugements et des actes, la conspiration ne saurait tenir un instant. Au grand jour de la controverse, les monstres que le scepticisme et la tyrannie enfantent seront forcés de fuir et de cacher sous terre leurs faces ridicules.

Autre est donc la raison individuelle, absolutiste, procédant par genèses et syllogismes, tendant constamment, par la subordination des personnes, des fonctions, des caractères, à systématiser la société; et autre la raison collective, faisant partout élimination de l’absolu, procédant invariablement par équations, et niant énergiquement, quant à la société qu’elle représente, tout système. Incompatibilité de formes, antagonisme de tendances : que veut-on de plus pour affirmer la distinction de ces deux natures?

LVIII. — System of public reason, or social system.

How often have I not heard expressed this compliment, which the jealous critic would hasten to withdraw, for the honor of the century, if they understood its significance: You are an admirable destroyer, but you build nothing. You throw people out into the street, but you do not offer them the least bit of shelter. What will you put in the place of religion? What will you put in the place of government? What will you put in the place of property? What will you put in the place of that individual reason, the sufficiency of which you are reduced to denying in the service of your cause [or case]?

Nothing, my good man, for I intend to suppress none of the things of which I have made such a resolute critique. I flatter myself that I do only two things: that is, first, to teach you put each thing in its place, after having purged it of the absolute and balanced it with other things; then, to show you that the things that you know, and that you have such fear of losing, are not the only ones that exist, and that there are considerably more of which you still must take account. Of this order is the collective reason.

We demand the true system, the natural, rational, legitimate system of society, since none of those that have been attempted withstand the secret action that disrupts them. This has been the constant preoccupation of the socialist philosophers, from the mythological Minos to the director of the Icarians. As we have no positive idea of justice, of the economic order, of the social dynamic or of the conditions of philosophical certainty,” we produce a monstrous idea of the social being: we have compared it to a great organism, created according to a hierarchical formula, which, prior to Justice, established its proper law and the very condition of its existence; it was like an animal of a mysterious species, but which, in the manner of all the known animals, must have a head, a heart, nerves, teeth, feet, etc. From this chimerical organism, which all have striven to discover, we then deduced Justice, that is to say that we made morality emerge from physiology or, as they say today, right from duty, so that Justice always found its placed apart from conscience, freedom is subject to fatalism, and humanity falls.

I have refuted in advance all these imaginations, by exposing the facts and principles that exclude them forever.

With respect to the substantiality and organization of the social being, I have shown the first in that surplus of effective (actual) power that is proper to the group, which exceeds the sum of the individual forces that comprise it; I gave the law of the second, showing that it reduces itself to a sequence of weighing and balancing forces, services and products, which makes the social system a general equation, a balance. As an organism, society, the moral being par excellence, differs essentially so much from living beings, in which the subordination of organs is the law of existence. That is why society loathes any idea of hierarchy, and why it has spoken the formula: All men are equal in dignity by nature and must become equivalent in conditions by means of labor and Justice.

Now, as the organization of a being is, so shall its reason be: this is why, while the individual’s reason feigns the form of a genesis, as we see in all the theogonies, gnoses, political constitutions and syllogistics, the collective reason, like algebra, is reduced, through the elimination of the absolute, to a series of solutions and equations, which amounts to saying that, for society, there truly is no system.

Indeed, it is not a system, in the sense that usually attaches to this word, but an order in which all relations are relations of equality, where there exists neither primacy nor obedience, neither a center of gravity nor of direction, where the only law is that everyone submits to Justice, to balance.

Does mathematics constitute a system? It does not occur to anyone to say so. If, in a treatise of mathematics, some trace of systematization is detected, it is due to the author; it does not come from the science itself. It is the same in the social reason.

Two men meet, [mutually] acknowledge their dignity, note the additional benefit that will result for both from the organization [consultation, arrangement] of their industry, and consequently guarantee one another equality, which amounts to saying “economy.” There is the whole social system: an equation [condition of equality] and, consequently, a collective power [might].

Two families, two cities, two provinces contract on an equal footing: there are always just these two things, an equation and a collective power. It would entail a contradiction, a violation of Justice, if there was anything else.

This is the reason why every institution, every decree that does not arise exclusively from Justice and equality, soon succumbs to the attacks of critique, to the incursions of free examination. For just as in nature every existence can be rejected in the name of dignity and liberty, so in society every establishment can be refused in the name of Justice; it is only Justice that cannot be refused in the name of anything. Justice is irremovable, unalterable, eternal; all the rest is transitory.

And that is how the religions, the political constitutions, the utopias of every sort imagined for the conciliation of individual interest and collective interest, but all having the ambition to begin from a place higher than Justice, to do more or do better than Justice, to make Justice serve them instead of serving it themselves, have been found, in the end, to be entirely contrary to Justice, and have, in the name of Justice, been eliminated. they are creations of individual absolutism, disguised behind the mask of Divinity.

And it will be the same as long as absolutist thought remains dominant in the government of societies. It is not the combination of force and fraud, of superstition and Machiavellianism, of aristocracy and poverty, that can definitively defeat Justice. And if that Justice is armed with critique, if you give it as an attendant the daily, universal discussion of institutions and ideas, of judgments and acts, the conspiracy could not hold for an instant. In the bright light of controversy, the monsters to which skepticism and tyranny give birth will be forced to flee and his their ridiculous faces underground.

So the individual, absolutist reason is one thing, proceeding through geneses and syllogisms, constantly tending, through the subordination of persons, functions and characters, to systematize society; and the collective reason is another, accomplishing everywhere the elimination of the absolute, invariably proceeding through equations, and energetically denying, with regard to the society it represents, every system. Incompatibility of forms, antagonism of tendencies: what more could we want in order to maintain the distinction between these two natures?

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Filed under 1850s, Justice in the Revolution and in the Church, Pierre-Joseph Proudhon